Grenade a abrité pour la première fois une réunion au Sommet entre le Maroc et l’Union Européenne. C’est un évènement politique de portée symbolique, qui constitue un tournant dans l’histoire des relations bilatérales. Il contribuera à faire évoluer la perception psychologique, les comportements et la vision des acteurs des deux rives de la méditerranée. C’est-à-dire jeter les bases d’une nouvelle culture partenariale. D’autant plus que le dialogue politique, hissé au niveau des chefs d’Etat et de gouvernement, se tiendra régulièrement une fois au sud et une fois au nord de la méditerranée. Concrètement, ce sommet représente le coup d’envoi de la mise en oeuvre du statut avancé, accord conclu à l’automne 2008 et devant ouvrir la voie vers un partenariat stratégique et privilégié entre les deux parties.
Les relations entre le Maroc et l’Europe sont marquées par quarante ans d’histoire commune secouée par des conflits et des tensions touchant en particulier les produits de la terre et de la mer. Le premier accord à caractère strictement commercial date de 1969, dix ans après la naissance de l’Europe des six grâce au traité de Rome. La deuxième grande étape date des années 2000 avec le nouvel accord d’association dans le prolongement du remue-ménage créé à Barcelone en 1995. Mais l’expérience a montré les limites de la démarche européenne : la logique libre-échangiste – toute seule – aggrave l’échange inégal et les disparités inter-rives en méditerranée. Une vision plus globale et plus cohérente intégrant la dimension politique, culturelle et humaine s’impose. Aller au-delà des accords standard, non différenciés, gommant les spécificités des pays concernés.
La troisième étape marquée par l’avènement du statut avancé, est le couronnement de tout ce processus qui marque le passage d’une vision sectorielle à une vision stratégique. Elle coïncide avec l’élargissement de l’Europe qui compte aujourd’hui 27 membres contre 6 il y a un demi-siècle. C’est l’Europe du traité de Lisbonne. De nouvelles frontières, de nouvelles aspirations et de nouvelles contraintes. Aujourd’hui, la proximité agissante de l’Europe revêt d’autres significations sous l’effet combiné de la mondialisation, de la montée des ensembles régionaux et des nouvelles menaces qui pèsent sur la région. C’est dans ce contexte que le statut avancé se présente fondamentalement comme un accord de convergence dont le socle est l’acquis communautaire. C’est un nouvel atout pour le Maroc mais aussi une mise à l’épreuve. Il s’agit à terme d’une intégration dans l’espace économique européen grâce à des mécanismes et des modalités qui restent à définir.
A côté des instruments politiques, institutionnels et économiques, le projet de convergence nécessite un financement audacieux. Pourquoi ne pas transposer l’expérience des fonds structurels européens pour accélérer la modernisation de l’économie nationale ?