2010 sera-t-elle l’année de l’après-crise ? Sur quelles bases ? Selon quelles modalités ? Et comment ? Le frémissement de quelques indicateurs a infléchi les diagnostics et les discours vers plus d’optimisme. Mais il n’est pas significatif d’un renversement de tendance. Il traduit de simples ajustements techniques après le creux des deux dernières années. L’essentiel est ailleurs car la réflexion développée récemment dans plusieurs cercles a conduit à des conclusions qu’il convient de prendre en considération.
Les politiques des Etats face à la crise s’inscrivent dans le cycle court. Faire face aux urgences pour restaurer une confiance vacillante. Le plus important est de faire redémarrer la machine économique. Pour combien de temps ? Dans quelle direction ? La réponse n’est pas une priorité.
Commodité et contraintes font que les gouvernants s’intéressent plus aux cycles courts. Ils peuvent agir sur le terrain mais non contre le temps. Ils sont prisonniers du temps politique qui tente d’imprimer au temps économique sont propre rythme. La répétition des crises n’est pas sans rapport avec cette démarche. Car le cycle court semble dominer le cycle long. C’est une simple apparence !
Finalement, qui dicte le rythme à l’économique? Le cycle long, c'est-à-dire les grandes tendances qui façonnent les manières de voir, de comprendre et d’agir. Le traitement à court terme de la crise ne peut que reproduire les mêmes effets, les causes profondes restant intactes.
Penser l’après-crise, construire l’après-crise ne peut se faire qu’en changeant de logique, c'est-à-dire s’attaquer à la partie invisible de l’iceberg. Durant les trois dernières décades, les grandes crises qui ont secoué le monde sont de nature financière avec des prolongements monétaires. D’origine externe et/ou interne, elles révèlent le caractère suranné d’un système financier international conçu en 1944. Replâtré à plusieurs reprises, de moins en moins opérationnel dans un contexte totalement nouveau, ce dernier est devenu handicapant. La crise, américaine au départ, mondiale à l’arrivée, a créé une nouvelle situation. Comment jeter les bases d’une nouvelle stabilité financière ? La réponse réside dans l’énoncé de nouvelles règles du jeu, c'est-à-dire dans une réforme sérieuse à deux niveaux. Le statut de l’économie, des finances et de la monnaie américaines est à reconsidérer. La mondialisation, en affaiblissement l’économie américaine par l’émergence de nouveaux pôles de croissance, a accéléré la fin d’un modèle jusqu’ici considéré comme la référence. Dans ces conditions, les Etats-Unis peuvent-ils continuer à financer leurs déficits structurels par le recours systématique à la dette externe ? La concentration de l’épargne mondiale sur les Etats-Unis n’est-elle pas un facteur d’instabilité ?
Le second niveau concerne la réforme du FMI. Le rapport de force inter-nations a changé, suite à l’apparition de nouvelles forces économiques et financières. Une nouvelle gouvernance monétaire s’impose car une nouvelle géo-monnaie planétaire est de plus en plus une réalité. Redéfinir les quotas détenus par les grandes puissances pour laisser plus de place aux pays émergents et démocratiser le processus de prise de décision par l’élimination de toute minorité de blocage : telles sont quelques orientations largement discutées pour la rénovation du FMI.