La réforme de la Région est à l’ordre du jour principalement pour deux raisons. D'un côté les contingences politiques liées à l’évolution de la situation au Sahara marocain. De l'autre, l’amenuisement de la capacité institutionnelle de l’Etat face à des demandes sociales, croissantes et pressantes, qui constitue un impératif structurel en vue d’un nouveau redéploiement de l’Etat au niveau des territoires. Cependant, une grande ambiguïté conceptuelle risque d’assimiler la réforme de la Région (projet souhaité de réforme globale de l’Etat) à une simple redéfinition de la politique de régionalisation de l’Etat (redéploiement technique des services de l’administration au niveau des territoires).
En effet, réforme de la Région et réforme de la politique publique de la régionalisation sont deux paliers différents mais indissociables d’une même stratégie de réforme de l’Etat. La réforme de la Région relève du mode de décentralisation et vise le renforcement des prérogatives et des moyens des Conseils régionaux élus en vue d’une plus grande autonomie par rapport à l’Administration centrale. Alors que la réforme de la régionalisation procède du mode de déconcentration et aspire à un redéploiement des prérogatives et des moyens de l’Etat central au profit des administrations implantées au niveau des territoires des Régions. De fait, la redéfinition des rapports de l’Etat au territoire et la réforme de la Région devraient mener vers des stades souhaités de « Moins d’Etat » et de « Mieux d’Etat ». Le partage des responsabilités publiques avec le territoire est, aujourd’hui, le seul vecteur pour lutter contre les effets pervers de la bureaucratie et de l’inefficacité des lourds appareils administratifs centralisés en vue de soutenir les rythmes indispensables de croissance et de faire face aux impératifs de la compétitivité économique et de la cohésion sociale. De telles exigences de compétitivité poussent les entreprises à adopter une politique de localisation qui privilégie les territoires les mieux dotés en infrastructures et les plus efficients au niveau institutionnel. Mais, la forte polarisation territoriale des investissements que connaît le Maroc, aujourd’hui, draine des flux croissants de populations rurales ; faisant que ce qui était apprécié comme une source d’économie d’agglomération pour les investisseurs engendre, en contre partie, des coûts financiers de plus en plus importants à la charge de la collectivité en raison des dépenses occasionnées par l’aménagement des centres urbains.
Ainsi, les disparités inter régionales, se traduisent par la marginalisation de pans entiers du territoire national et de la concentration des populations dans les grandes et moyennes villes avec de faibles possibilités d’emploi, sont autant de phénomènes déstabilisants pour l’équilibre social et spatial national. La réforme de la Région et de la régionalisation constituerait une alternative d’aménagement du territoire qui permettrait d’atténuer ces disparités. Dès lors, il est sûr, qu’à l’avenir, c’est autour des problèmes économiques et sociaux que s’animerait la vie politique régionale. C’est, aussi, de la richesse de la vie politique régionale qu’émergera l’enracinement d’une conscience régionale.