C’est à Oujda que Mme Amina Benkhadra, ministre de l’énergie, des Mines, de l’Eau et de l’Environnement a présenté au Souverain les grands axes de la stratégie énergétique nationale sur le court, moyen et long termes. La sécurité d’approvisionnement -à travers la diversification des sources et ressources-, un bouquet électrique optimisé, la planification maîtrisée des capacités, l’accès généralisé à l’énergie à des prix compétitifs, le développement durable et l’intégration régionale et internationale en représentent les principaux.
Selon les études élaborées en matière d’électricité, par les départements du ministère, « la consommation sera multipliée par 4 et la production par 3,5 d’ici à 2030 dans le scénario de base où la croissance de la consommation continuerait à croître au rythme actuel de 7 à 8% par an ». La ministre en charge d’un dossier aussi sensible a indiqué que «ce scénario de base retient le charbon comme cœur du mix électrique avec une optimisation des ressources en gaz disponibles, un apport d’appoint de l’éolien, le recours aux interconnexions sur la base d’un arbitrage économique et la mobilisation du potentiel national en hydroélectricité ».
Différentes alternatives ont été ainsi retenues. Le développement du gaz comme source plus importante en cas d’accès économique et sécurisé soit à partir du GME, soit par GNL fera partie intégrante de la stratégie énergétique nationale. La dernière option étant tributaire de 4 conditions à savoir un coût d’accès compétitif, la sécurisation de l’accès par un contrat long terme, un marché national et des débouchés à l’export. A long terme et sur la période 2020-2030, des programmes stratégiques devraient recruter l’option électronucléaire, la valorisation des schistes bitumineux avec la construction d’une centrale pilote de 100 MW à Tarfaya, en passant par le solaire et la biomasse.
L’experte a également insisté sur le fait que « le soubassement de tous ces scénarios demeure l’introduction et l’institutionnalisation de l’efficacité énergétique qui constitue une 4ème énergie après les énergies fossiles, les énergies renouvelables et le nucléaire ». L’objectif est clair puisqu’il s’agit d’économiser 15% à l’horizon 2020. L’efficacité énergétique constitue, en effet, un axe majeur du Plan National d’Actions Prioritaires mis en place dans le cadre de la gouvernance spécifique pour la gestion de l’équilibre offre -demande de l’électricité durant la période 2008-2012. C’est dans cette optique que des actions seront lancées dans plusieurs domaines.
Parmi les principaux figurent l’industrie (audits énergétiques, labellisation, normalisation et étiquetage des appareillages), l’habitat, le tourisme et la santé. A titre d’exemple, la généralisation des chauffes eau solaires et des lampes basse consommation dans les établissements hôteliers et hospitaliers a été fortement plébiscitée dans le cadre de la stratégie globale. La promotion des énergies renouvelables dans les établissements relevant du ministère de l’Education Nationale est également essentielle pour une plus facile adhésion. Enfin, dans le domaine des produits pétroliers, la stratégie nationale visera à réduire la forte dépendance vis-à-vis des produits pétroliers dans le bilan énergétique. Autrement dit, il s’agira de garantir les stocks de sécurité et améliorer la qualité des carburants.
La ministre est formelle. D’ici janvier 2009, seuls deux carburants seront désormais commercialisés à savoir le gasoil 50 ppm et le supercarburant sans plomb. Cette décision visant la réduction des émissions atmosphériques de 760 tonnes de plomb/an et 54.000 tonnes de soufre/an.
Toujours dans la logique d’atténuer la dépendance énergétique du pays, un fonds de développement énergétique, doté d’un milliard de $ verra prochainement le jour. Ce levier financier émane du Royaume d’Arabie Saoudite et des Emirats Arabes Unis à hauteur de 800 millions de $. Le reste (200 millions de $) proviendra du Fonds Hassan II.
Bref, la feuille de route vient à point nommé. Elle viendra certainement apaiser les esprits et dissiper les inquiétudes face aux impacts négatifs dus à la flambée du prix du baril de pétrole. En fait, elle était attendue depuis des années déjà. Les retards pris sur ce dossier n’ont d’ailleurs pas permis au programme Emergence de donner les résultats escomptés sur l’aspect industriel, particulièrement… Aujourd’hui, la mise en œuvre des différentes mesures retenues devrait renverser favorablement la donne. A suivre…