Les perspectives de croissance de l’activité mondiale semblent aujourd’hui bien orientées et devraient connaître des améliorations appréciables d’ici la fin de l’année. Cette tendance favorable de l’environnement international a poussé, en quelque sorte, les organisations économiques mondiales à revoir leur copie et à ajuster, mais d’une manière prudente, leurs prévisions établies au terme de l’année 2009. Une atmosphère d’optimisme a envahi les esprits et détendu le climat des affaires et bon nombre d’indicateurs sont repassés au vert. Les interventions musclées des Etats, particulièrement ceux du G20, ont apporté, à très court terme, leurs fruits et évité le pire. Les plans de relance financés à coup de centaines de milliards de dollars, la politique de soutien aux banques et la perfusion d’argent frais dans les veines et les circuits asséchés des économies ont redynamisé l’activité et ont rendu confiance aux opérateurs.
L’économie américaine a, du coup, retrouvé des couleurs, les économies des pays européens ont enregistré quelques frémissements de reprise et la Chine et les pays émergents ont affiché une vigoureuse croissance. Les Etats-Unis connaîtraient ainsi un taux de croissance d’environ 1,3% contre -2,7% en 2009, l’économie de l’Euroland se stabiliserait après la chute de 4% essuyée l’année écoulée, le Japon sortirait de l’importante dépression avec une croissance de 1,5% et la Chine et l’Inde continueraient sur leur lancée affichant respectivement des taux de 9,3% et 6,5%. Ainsi et globalement, l’économie mondiale retrouverait le sentier de la croissance (2,8%) après une année de récession. Le commerce mondial, après l’effondrement impressionnant constaté en 2009, devrait rebondir et enregistrer une évolution positive d’environ 2,2%.
Cependant, si la récession, à travers ce scénario amplement favorable de l’activité économique mondiale, peut être considérée comme terminée, ses relents et ses impacts différés se feraient encore sentir au cours de l’année 2010 et provoqueraient quelques remous inattendus. Les relais de soutien à la croissance qui, après les plans de relance, n’ont pas fonctionné fort en ce début d’année, l’altération des équilibres budgétaires, le poids de la dette publique et l’exacerbation du chômage à l’échelle mondiale devraient peser, sans conteste, au niveau du passif de l’année 2010 et risqueraient de freiner la croissance et d’inquiéter les marchés financiers.
Dans ce contexte international en demi-teinte et sur la foi des indices avancés de conjoncture, l’économie marocaine, en 2010, devrait afficher une croissance globale substantielle de l’ordre de 3,2% et reconduirait les premiers pronostics de croissance établis par le CMC, il y a de cela un an environ. En tenant compte du fait que l’année 2010 succède à un exercice où la campagne agricole a été exceptionnelle avec 102 millions de quintaux de céréales, ce taux de croissance en volume constituerait une performance. Même si l’année 2010 est bien arrosée, elle n’atteindrait pas les 100 millions de quintaux. Déjà, les superficies emblavées et dédiées aux céréales en 2010 ont régressé d’environ 8% par rapport l’année précédente. Les inondations qui ont affecté l’arboriculture, les cultures maraîchères et industrielles vont certainement provoquer un ralentissement de l’expansion du secteur. L’évolution de la valeur ajoutée du secteur agricole devrait connaître, d’après les prévisions du Centre, une baisse d’environ 4,3% en termes réels.
Face à cette décroissance des activités agricoles, qui constitue en elle-même un exploit, ce cadrage macroéconomique prévisionnel préfigure un retour du secteur des industries manufacturières et du secteur des services à la dynamique tendancielle des années d’avant la crise. Ainsi, et à la faveur du redressement remarquable de la demande extérieure et du dynamisme conjoncturel des activités internes, l’évolution en volume de la valeur ajoutée du secteur industriel serait portée à 3,6%. Les appréciations des opérateurs privés émanant des dernières enquêtes de conjoncture montrent que le climat des affaires quelque peu crispé l’année écoulée est en train de se dissiper et un regain d’activité est de retour dans la plupart des branches. Dans cette configuration sectorielle, le secteur minier qui a connu des déboires en 2009 devrait reprendre la trajectoire ascendante en enregistrant une évolution positive d’environ 2,5%. Le secteur du bâtiment et travaux publics, une des activités motrices de l’économie durant ces dernières années, devrait connaître un certain tassement en 2010. Sa valeur ajoutée progresserait à un rythme moindre de l’ordre de 5,6%. En ce début d’année, les ventes de ciment ont accusé un ralentissement notable. Soutenu par les bons comportements des activités secondaires, le léger mieux constaté au niveau de la demande intérieure et le relèvement de la croissance mondiale, le secteur des services présenterait en 2010 un profil plus qu’encourageant. La valeur ajoutée en termes réels des services marchands et non-marchands devrait afficher une croissance de l’ordre de 4,6%.