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La Croissance Contrariée Par Les Intempéries

Les changements climatiques qui ont affecté différentes régions de la planète avec une intensité grandissante ces dernières années ont augmenté de façon notable la fréquence des catastrophes naturelles. Le Maroc n’a pas été épargné de ce cycle d’événements dommageables comme en témoignent les importantes inondations enregistrées au cours du mois de février dernier. La réaction à cet événement extrême aussi bien de la part des pouvoirs publics que de la société civile ne s’est pas fait attendre pour parer aux dégâts provoqués par l’ampleur du sinistre et pour venir en aide aux populations a ffectées. Et comme il relève du devoir national de prendre les initiatives nécessaires pour limiter les dégâts des intempéries et de mettre en oeuvre les plans de prévention et d’anticipation pour parer à ce genre de catastrophes, il est également essentiel de procéder à l’évaluation des coûts de ces inondations et leur impact sur l’homme, la nature et l’activité économique. Cette évaluation s’impose aujourd’hui du fait non seulement de l’ampleur du sinistre mais aussi de la nécessité pour les décideurs publics d’en prendre toute la mesure afin de mieux fonder les actions à entreprendre à l’avenir pour faire face à ce genre de situations.

 

Pour répondre à un tel objectif et partant des données recueillies auprès des départements ministériels concernés et auprès des organisations professionnelles, le Centre Marocain de Conjoncture s’est proposé de procéder à une première évaluation de l’impact des dernières inondations qu’a connues le Maroc sur les flux économiques et les performances des activités de production. Il s’agit plus précisément d’approcher avec une marge d’erreur acceptable, compte tenu de la complexité du phénomène extrême étudié et de ses multiples interférences, la perte économique occasionnée par les inondations tant au plan du capital productif que des flux de production de l’année en cours. Il importe de préciser au préalable que dans cette tentative d’évaluation, les pertes en vies humaines, les dommages infligés aux écosystèmes et la dégradation du capital naturel s’avèrent difficiles à estimer économiquement même si, en théorie, des procédés méthodologiques d’estimation sont disponibles en différentes versions pour approcher ces aspects. Les estimations effectuées se limitent par conséquent aux seules pertes en capital directement productif affecté par les inondations ainsi qu’aux pertes en production et de valeurs ajoutées au niveau des différents secteurs d’activité pour déboucher sur une évaluation globale en termes de PIB.

 

Au plan des infrastructures économiques d’abord, les intempéries particulièrement violentes enregistrées en ce début d’année ont causé des dégâts importants au niveau du réseau routier, des équipements collectifs, des ponts et voies d’accès secondaires. En adoptant des hypothèses probables sur l’amortissement moyen de ces infrastructures, leur vétusté et leur durée de vie, et en se basant aussi sur les montants alloués pour leur aménagement ou leur remplacement, l’estimation des pertes subies de capital fixe en travaux publics devrait avoisiner les 730 millions de DH. En ce qui concerne le bâtiment, les inondations ont provoqué des dommages sérieux au niveau des constructions pour usage d’habitation et ont fait perdre en partie ou en totalité les logements d’environ 4.900 ménages. On estime ainsi que 2650 habitations précaires construites dans leur majorité en pisée ont été totalement détruites. La perte du capital en bâtiment évaluée sur la base aussi bien des informations quantitatives fournies par services administratifs concernés que des déclarations des sinistrés devrait, en toute probabilité, approcher le montant global de 286 millions de DH.

 

Outre les dégâts causés au niveau des productions des spéculations de l’année, des pertes en capital ont été enregistrées également au niveau du secteur agricole. Ces pertes correspondent plus particulièrement au bétail décimé, aux plantations endommagées ou totalement arrachées et aux installations et aménagements détruits (puits, écuries, matériel de pompage, etc.). Les 1371 têtes de bétail décimées, les 4025 ruches d’abeilles endommagées et les pertes des installations déclarées constituent en effet une dégradation subite d’actif naturel et une diminution du capital. On estime sur la base des données actuellement disponibles que ces pertes en capital pour le secteur agricole s’élèvent à un montant brut atteignant 132,5 millions de DH. Au total, la consolidation des évaluations effectuées pour l’ensemble des secteurs les plus sinistrés porte ainsi les pertes en stock de capital à un montant global avoisinant 1,2 Milliards de DH. En plus de la dégradation du capital productif dans les secteurs les plus exposés, les précipitations abondantes du mois de février ont été à l’origine d’une perte substantielle en matière de flux de produits et en termes de valeurs ajoutées pour l’année 2010. Les principales activités productives ont été affectées avec des intensités différenciées, d’une manière directe ou par ricochet, durablement ou pour un temps relativement réduit. Il s’agit en premier lieu de la production agricole qui a subi des dommages importants sur des superficies atteignant 168.000 ha de cultures, notamment celles des céréales, des légumineuses, de la betterave à sucre ou encore des cultures maraîchères. Les activités d’élevage ont été lourdement touchées avec une perte de bétail estimé à près d’un millier et demi de têtes en plus des dommages causés à la production avicole. Il en est de même de certaines activités industrielles qui ont été sérieusement gênées au niveau de leur propre processus de production ou à travers les dysfonctionnements du système d’approvisionnement et des circuits de distribution. Enfin, les activités de commerce et de transport ont été aussi affectées par les difficultés d’accès à la clientèle survenues avec l’intensification des intempéries. La perte du secteur agricole évaluée en termes de valeur ajoutée a été approchée par type de culture et par produit d’élevage sur la base des informations fournies par le Département de l’agriculture en utilisant les structures des comptes agricoles détaillés et les normes de référence correspondantà une campagne agricole moyenne.

 

Selon cette approche, les pertes subies au niveau de la production du secteur agricole s’élèveraient, toutes choses étant égales par ailleurs, à environ 5,2 milliards de DH, soit 5,8 % de la production totale du secteur. Cette baisse devrait se répercuter d’une façon proportionnelle sur la valeur ajoutée agricole et ferait fléchir cet agrégat en comparaison avec l’année 2009 de 7,6% au lieu de 4,3% avancé comme prévision par le CMC avant les inondations. S’agissant du secteur industriel, sur la foi des indicateurs avancés obtenus à partir des principales enquêtes de conjoncture qui ont couvert le mois de février, la production des industries manufacturières aura fléchi en raison des mauvaises conditions climatiques. Les sousbranches les plus affectées sont l’industrie agro-alimentaire et la chimie et parachimie. Les services dans leur ensemble, le secteur du tourisme, le transport et les activités de logistique et de commerce ont été aussi touchés à des degrés divers par les perturbations climatiques et les difficultés de transport.

 

Les pertes approchées en termes de points de valeurs ajoutées dans cette nouvelle configuration sectorielle devraient converger et se répercuter sur l’évolution de l’indicateur global de l’activité économique que constitue le PIB. La consolidation des dommages causés aux différentes sphères de l’activité économique par les intempéries exceptionnelles du début de l’année permet d’évaluer la perte au plan macroéconomique à 0,7 % du PIB.


Auteur : CMC_Malika
Date : 2010-05-11
Consulté : 946  Fois

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