La plupart des pays, du Sud comme du Nord, ont mis en place depuis une vingtaine d’années des politiques d’ouverture commerciale dont l’objectif était d’augmenter les volumes à l’export et d’accroître les parts de marché à l’international. L’arme des ALE a été souvent utilisée afin d’accroître les échanges commerciaux entre pays ou blocs de pays. L’objectif ultime était l’amélioration du bien être des populations à travers la création de richesse. Les chiffres disponibles révèlent à la fois l’ampleur mais aussi les limites du phénomène. Entre 1970 et 2007, les exportations mondiales ont progressé deux fois plus vite que la production, les entrées d’investissement direct étranger (IDE) environ cinq fois et les flux internationaux de capitaux douze fois plus vite. Cette formidable accélération doit beaucoup aux changements intervenus dans les infrastructures de la mondialisation : avènement de porte-conteneurs géants, développement du fret aérien, des nouvelles technologies de l’information. Tout ceci a eu pour effet de diminuer de manière notable les coûts du transport et de communication.
La crise de 2008 a créé une situation inédite. Elle a montré tout à la fois l’intensité et la vulnérabilité de la mondialisation. La rapidité avec laquelle elle s’est diffusée a mis en évidence l’interdépendance des économies, tandis que les principaux indicateurs de la mondialisation s’effondraient avec une brutalité surprenante. Les exportations mondiales ont en effet chuté de 40% entre octobre 2008 et juin 2009. Les flux d’IDE ont quasiment diminué de moitié sur la même période. Le spectre de la crise des années 1930 a alors resurgi pour rappeler que le processus de mondialisation est réversible. De plus en plus de voix discordantes remettant en cause la mondialisation se sont élevées. Pourtant, le repli protectionniste redouté par certains n’a pas eu lieu. Dès 2010, les échanges commerciaux ont repris de plus belle, retrouvant leur niveau d’avant crise. Les flux internationaux de capitaux repartent également, quoiqu’à un rythme moyen plus modeste. Si la crise n’a pas détricoté la mondialisation, elle a contribué à déplacer son centre de gravité, au détriment des vieux pays industrialisés, notamment de l’Europe, vers les pays émergents. Désormais, 45% des exportations mondiales sont le fait des échanges sud-sud. La tendance est la même en ce qui concerne les IDE. Aussi, rien de tout cela n’accrédite la thèse d’une « démondialisation » en marche, mais plutôt celle d’une marginalisation de l’Europe dans le jeu mondial.
Une telle situation soulève autant de question que la stabilité de l’ordre économique mondial reste menacée. En atteste l’enlisement des négociations internationales sur à peu près tous les sujets. La question qui se pose aujourd’hui est de savoir, dans la mesure où l’hégémonie américaine décline, comment le système géopolitique va-t-il s’adapter à l’ascension de la Chine, de l’Inde et des autres géants du monde émergent ?