Anti-crise-post-crise, sauvetage-relance, environnement-croissance verte : telle est la terminologie qui a marqué les esprits, les comportements et les actes des décideurs tout au long de 2009. Ces différentes formules expriment, au-delà du constat, une nouvelle perception de la réalité tournée vers le dépassement non seulement à court terme, mais dans la durée de la réalité actuelle. Elles sont significatives de la recherche de nouvelles pistes tant au niveau de l’analyse que de la conduite de la politique à suivre. Cependant, ces démarches sont restées prisonnières de références théoriques et doctrinales qui datent. Elles font revivre les grands débats qui ont marqué les périodes de crise de mutation du capitalisme.
Aujourd’hui, avec la mondialisation, Keynes et Malthus sont d’actualité. Ils retrouvent une plus grande fraîcheur que celle de nos contemporains. Ils constituent la boite à outils dans laquelle puisent les partisans de la relance par le budget ainsi que les défenseurs de la croissance verte qui considèrent que les ressources planétaires ne sont pas illimitées. La crise actuelle a concilié les deux écoles montrant que l’Etat keynésien n’est pas contradictoire avec l’Etat malthusien. Tous les deux sont libéraux, la différence réside dans le degré et les instruments d’intervention de l’Etat. La nouvelle problématique de la croissance qui secoue le monde actuel est en train d’imposer ses lettres de noblesse. Comment produire en minimisant le coût environnemental, sans épuisement du sol et du sous-sol ? Comment délocaliser sans porter atteinte aux équilibres écologiques des pays d’accueil qui sont les pays en développement ? Comment faire admettre, valider et veiller à l’application des normes de préservation du climat telles qu’elles ont été discutées à l’occasion du sommet de Copenhague ? Comment légiférer pour défendre cette nouvelle catégorie de biens publics qui constitue le patrimoine de l’Humanité, à savoir l’eau, l’air, la forêt et les ressources épuisables.
Jusqu’ici, la croissance a été destructrice et forcément inégalitaire. Le 21ème siècle doit inventer son propre modèle de croissance, sous-tendu par une nouvelle philosophie, une nouvelle vision et une nouvelle gouvernance. Un modèle qui s’inscrit fortement dans la logique de préservation du vivant, tiré par le qualitatif, imposant de nouveaux instruments de mesure et de nouvelles conventions. Un modèle qui favorise la redistribution du pouvoir et des fruits de la croissance, un modèle tourné vers la production qui combat la spéculation et les rentiers, un modèle qui fonctionne contre l’opacité et la manipulation des marchés et contre tous les préjudices qui portent atteinte à la nouvelle croissance.
Certains diront que c’est là une vision généreuse du marché ! Peut-être, mais les changements profonds nécessaires doivent conduire à vaincre la peur de l’avenir et à combattre les conservatismes de tous bords. Le potentiel de croissance existant à tous les niveaux (local, national, régional et international) est énorme mais il est paralysé par la forte concentration des richesses et les inégalités croissantes qui ne cessent de générer crise après crise avec tous leurs prolongements. L’alternative réside dans la construction d’un modèle basé sur le partage qui rend la dignité à chaque individu et à chaque nation. 2010 sera-t-elle le début de cette nouvelle marche du nouveau siècle ?