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L’impact des fluctuations de l’Euro sur l’économie marocaine

Fait marquant de la conjoncture actuelle, la baisse de l’Euro d’un côté et la hausse du dollar de l’autre suscitent des questions sur les perspectives d’évolution future de la monnaie nationale. En raison du poids important dont bénéficient ces deux monnaies dans le panier de devises qui oriente les décisions des autorités monétaires marocaines dans la fixation du cours du dirham, bon nombre d’opérateurs se posent des questions sur les impacts probables de cette nouvelle conjoncture internationale sur l’économie marocaine.

 

En effet, le compte courant de la balance des paiements enregistre pour la deuxième année consécutive un déficit important avoisinant les 5% du PIB. A fin mars 2010 on relève une forte baisse, variant entre 29% et 36%, sur les exportations des produits textiles. De plus, l’aggravation des déficits extérieurs a affecté le niveau des réserves qui ne cesse de baisser (178 Milliards dhs à fin mars 2010 contre 207 Milliards dhs en 2007) soit l’équivalent de quelques 7 mois d’importations à fin 2009 contre plus de 8 mois en 2007.

 

Ces éléments conjoncturels, malgré leur importance, ne doivent pas occulter, cependant, l’importance des déter­minants structurels de l’économie nationale qui est intégrée au reste du monde davantage par les importations que par les exportations, ces dernières n’en couvrant que 42% à fin 2009 (111,9 Milliards dhs contre 265 Milliards dhs pour les importations). De plus, ces importations qui sont constituées pour plus de 85% de biens incompressi­bles sous forme de: biens d’équipement (produits électri­ques et mécaniques : 43% du total), produits chimiques et para chimiques (27% du total) et produits pétroliers (envi­ron 10% en 2009). Le reliquat qui représente quelques 15% est constitué de produits agricoles ou à caractère agro-industriel. De leur côté, les exportations nationales sur lesquelles le Maroc est excédentaire sont constituées des produits miniers et de produits textiles. Pour mémoire, l’économie nationale assure la couverture d’à peine 30% du déficit des échanges sur les produits incompressibles.

 

Il convient de se demander si la perte de compétitivité de nos exportations n’est-elle pas à chercher davantage du côté de la faiblesse des gains de producti­vité et de la hausse des coûts de facteurs que dans la hausse de la parité du dirham, consécutive à la déprécia­tion de la monnaie européenne. Par ailleurs, le trend bais­sier qui caractérise l’évolution de l’Euro, corrélativement à l’aggravation des déficits publics de certains pays mem­bres (Grèce, Espagne, etc.), pourrait s’inverser du fait des mesures d’ajustement et d’austérité prises récemment par les gouvernements de ces mêmes pays. De plus, l’appré­ciation de l’évolution du cours du dirham devrait tenir compte, outre des évolutions du taux de change bilatéral (Dirham-Euro, Dirham-Dollar) mais également de celles enregistrées en terme de change effectif réel.

 

Dans l’ensemble, et au-delà de ces fluctuations moné­taires et de leurs impacts économiques, les réformes institutionnelles accumulées au Maroc devraient entrai­ner un renouvellement des approches suivies jusqu’alors en matière de détermination de la parité de la monnaie nationale. En particulier, la politique de ciblage de l’in­flation devrait s’accompagner, à l’avenir, d’une gestion différente des pratiques actuelles de la politique de change au Maroc pour pouvoir tirer bénéfice de l’ouver­ture économique et être en mesure de relever les défis de l’échéance 2012 et ceux découlant du «Statut Avancé». Des réformes d’envergure tendant à une plus grande convertibilité du Dirham et à une véritable mise à niveau du secteur productif, sont indispensables si l’on veut que la libéralisation des échanges soit une locomo­tive du processus de relance de la croissance au Maroc. Autrement, le Maroc n’a certes pas été profondément touché par la crise, mais il n’a pas, non plus, tiré grand bénéfice des potentialités, importantes, qu’offre la stra­tégie d’ouverture. Ouverture commerciale et relance de la croissance sont-elles incompatibles avec le maintien d’une forte administration du secteur financier ?


Auteur : CMC_Malika
Date : 2010-06-08
Consulté : 2434  Fois

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